RD Congo : MONUC - Il n'y a pas de conditions qui rendent le recrutement d'enfants 'légal'

Division de l'Information Publique / MONUC

 12 fevrier 2008

Le 12 février de chaque année, le monde célèbre la Journée internationale des enfants associés aux forces et groupes armés. Alors que la RDC est comptée parmi les six pays africains à avoir le plus d'enfants dans les forces ou groupes armés, nous avons demandé à Judith Lavoie de la Section Protection de l'Enfant, ce que fait la MONUC pour aider à juguler ce phénomène.

 

 

ENTRETIEN

 

Quel sens donnez-vous à la Journée internationale des enfants associés aux forces et groupes armés?

 

Pour nous, il s'agit d'une préoccupation de tous les jours, tout comme pour tous les enfants qui sont à risque de recrutement et toutes les familles et communautés éprouvées par ce fléau. En fait, puisque cette journée souligne l'adoption du protocole facultatif de la Convention relative aux Droits des Enfants, ce serait bien que les Etats signataires profitent de cette journée pour démontrer ce qu'ils font, en fonction de leurs obligations à l'égard de ce protocole.

 

En dehors du Programme DDR, la Section Protection de l'Enfant, travaille t-elle avec d'autres organismes tels que UNICEF et autres, pour le suivi de ces enfants en termes de réinsertion?

 

D'abord le programme DDR est un programme national et la MONUC, comme plusieurs organisations, contribue de plusieurs manières pour en assurer le succès.

Comme vous le savez, la MONUC à elle seule ne peut pas tout faire et elle a aussi besoin de coopérer et de travailler en synergie avec les institutions en place et les organisations vouées à la protection de l'enfant.

Pour ce qui est des enfants associés aux forces et groupes armés, depuis le début de la mission en RDC, la MONUC a pu contribuer, entre autres, à la facilitation de l'accès aux zones inaccessibles où des enfants étaient présents dans des groupes armés ou exposés au risque de recrutement. De plus, la MONUC a joué un rôle actif pour dénoncer la présence d'enfants dans des groupes armés et inciter les communautés et les institutions de l'Etat à protéger les enfants contre les recrutements.

 

Bien sûr, nous travaillons avec l'UNICEF qui est l'Agence des Nations Unies vouée à la protection de l'enfant dans le système des Nations Unies. Avec une force de déploiement significative, les militaires de la MONUC peuvent contribuer aussi à mettre fin aux recrutements en étant alerte aux indices de la présence d'enfants dans des secteurs où des groupes armés sont présents, et sensibiliser la population, les enfants, et les éléments armés, aux dangers que représentent le recrutement d'enfants et aux sanctions qui s'appliquent contre ceux qui recrutent.

 

La MONUC a produit plusieurs rapports au Conseil de Sécurité, dénonçant le recrutement et la présence d'enfants au sein des forces et groupes armés en RDC. Ces rapports ont été soutenus d'un plaidoyer actif auprès des institutions de l'Etat congolais ainsi que des leaders de la société civile.

Les interventions combinées de la MONUC, de l'UNICEF, des ONG nationales et internationales ainsi que des intervenants du Programme National DDR ont permis jusqu'ici de sortir plus de 30.000 enfants des groupes armés en RDC. La plupart de ces enfants, garçons et filles ont pu bénéficier de programmes et supports pour retourner dans leurs familles et reprendre la vie civile.

 

Toutefois, nous croyons que plusieurs enfants sont simplement rentrés chez eux d'eux-mêmes, et capitalisent sur leur résilience naturelle pour reprendre une vie plus normale et absorber tant bien que mal les séquelles inévitables d'une enfance au sein d'un groupe militaire souvent engagé activement au combat.

L'année dernière à Paris les pays concernés par cette question ont signé un Acte d'Engagement dans lequel chacun a réaffirmé la nécessité de n'épargner aucun effort pour mettre fin à l'utilisation et aux recrutements illégaux d'enfants par les forces et groupes armés. La MONUC a réaffirmé son intention de soutenir la RDC dans ce sens, mais concrètement qu'est ce qui est fait?

 

D'abord le recrutement d'enfant sera toujours illégal. Il n'y a pas de conditions qui rendent le recrutement d'enfant 'légal'! Bien avant le protocole facultatif et les Principes de Paris, l'utilisation d'enfant pour des activités de guerre était déjà interdite par les conventions de Genève qui décrivent précisément les règles du combattant et interdisent l'utilisation de personnes de moins de 15 ans pour les activités militaires.

D'abord la MONUC avec la Section Protection de l'Enfant, s'assure que le personnel de la mission, autant civil que militaire, comprend et respecte les principes de protection de l'enfant applicables par une mission de maintien de la paix. Nous essayons aussi de supporter le gouvernement et ses institutions avec des recommandations portant sur tous les éléments qui touchent de près ou de loin, la protection de l'enfant contre le recrutement.

Ainsi, la Section Protection de l'Enfant de la MONUC apporte son soutien pour la réforme des lois et instruments juridiques visant à mettre fin au recrutement, à encourager la fin de l'impunité et faire en sorte que les enfants qui ont subi le recrutement bénéficient de conditions propices à leur réintégration dans la vie civile et au sein de leur communauté.

 

La MONUC peut aussi intervenir auprès des groupes armés et décideurs, leaders politiques et militaires ainsi qu'aux communautés afin de prévenir le recrutement et d'obtenir la sortie de ceux qui malheureusement ont été recrutés.

 

Cet acte d'engagement rappelle aussi que les enfants associés à ces groupes devraient être traités conformément aux normes internationales pour mineurs, par exemple dans un cadre de justice réparatrice. Qu'en pensez-vous?

 

On entend généralement qu'un enfant recruté, même volontairement, est d'abord victime et que les processus judiciaires doivent en tenir compte. Trop souvent les juridictions militaires arrêtent des enfants soupçonnés d'avoir appartenus à un groupe armé et oublient d'arrêter le recruteur qui lui est responsable de violation grave du droit des enfants et parfois même de crime de guerre!

Dans la plupart des pays, les juridictions militaires n'ont aucune autorité sur les mineurs. C'est le cas ici en RDC.

 

Un message particulier?

 

Il serait bien que tous ces gens curieux ou intéressés par la question des enfants associés aux groupes armés, transforment leur intérêt en support concret afin d'éviter que la simple idée d'utiliser un enfant pour faire la guerre disparaisse de la planète!

Les institutions internationales et nationales devraient intervenir plus rapidement quand les conditions propices au recrutement sont visibles ou en train de se développer. Ce sont les mêmes partout, et il serait possible en intervenant plus rapidement d'agir sur ces conditions et prévenir le recrutement. La prévention serait beaucoup moins coûteuse à tous points de vue et aurait sans doute une portée significative sur la prévention des conflits!



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