La recevabilité de l'affaire Mathieu Ngudjolo remise en question

Africa reports

"Le troisième congolais en détention à la Cour pénale internationale (CPI) Mathieu Ngudjolo Chui, a remis en question la recevabilité de l'affaire en déclarant avoir déjà été jugé et acquitté pour des accusations similaires en RDC.

Son avocat Jean-Pierre Kilenda Kakengi Basila a demandé aux juges de la CPI plus de temps pour réunir toutes les preuves de procédures nationales lancées contre Ngudjolo. Il a également demandé que les procureurs communiquent les informations qu'ils ont collectées lors des enquêtes [...].

Basila a également expliqué contacter les avocats de Ngudjolo à Bunia et à Kinshasa pour obtenir les documents nécessaires.

[...] Les procureurs de la CPI accusent Ngudjolo de neuf chefs de crimes de guerre et crimes contre l'humanité, dont meurtre, actes inhumains, esclavage sexuel et utilisation d'enfants soldats en rapport avec l'attaque de Bogoro au cours de laquelle 200 civils ont été tués.

En DRC, Ngudjolo avait été arête en octobre 2003 pour le meurtre d'un homme d'affaire Hema, et a été amené en justice devant le Tribunal de Grande Instance de Bunia.

Il a été acquitté en juin 2004 par manque de preuve, bien que des organisations de droits de l'homme aient déclaré que c'était plus du au fait que les témoins avaient peur de témoigner.

Pendant qu'il était en détention pour meurtre, le gouvernement congolais l'a accuse de crimes de guerre commis dans la ville de Tchomia en mai 2003. Il a ensuite été transféré à Kinshasa pour aller en procès devant un tribunal militaire, et a été détenu dans une prison de Makala prison d'où il s'est échappé avant qu'un verdict ait été prononcé.

Comment la question des crimes de guerre contre Ngudjolo a progressé avant sa fuite? Cela reste encore un mystère. 

Federico Borello de l'Unité Justice transitionnelle et Lutte contre l'impunité de la MONUC, a déclaré que son équipe demandé aux autorités judiciaires de clarifier ce qui s'est passé après sa fuite.

“Personne ne semble avoir de traces de documentation. Nous savons seulement que Ngudjolo a été transféré pour le massacre de Tchomia, mais qu'ensuite il s'est échappé. Ce qui s'est passé entre temps, nous ne savons pas - même ce qui est de savoir s'il y a eu des audiences. Mais il n'y a jamais eu de jugement fait contre lui”, a expliqué Borello.

IWPR a réussi à obtenir des informations de John Penza Ishayi, un juge à l'Auditorat militaire de garnison de l'Ituri à Bunia, qui a confirmé que “Ngodjolo a été acquitté par le Tribunal de Bunia. [...]

Cependant, selon lui, Ngudjolo n'a jamais eu un procès pour la deuxième affaire.

“Le dossier a été transféré au bureau du procureur general mais il n'a jamais été interrogé. A la fin, Ngudjolo n'a jamais été poursuivi ou reçu de verdict pour tous les crimes que la CPI lui reproche”.

Anneke Van Woudenberg de Human Rights Watch, HRW, a confirmé que deux affaires avaient été portées contre Ngudjolo mais qu'on ne peut pas dire que les crimes pour lesquelles il est poursuivis par la CPI sont les mêmes que ceux pour lesquels il était accusés en RDC.

“Il n'a pas été acquitté pour crimes de guerre mais pour meurtre dans un tribunal civil. Aucun jugement sur les accusations de crimes guerre n'a été rendu”, a expliqué Van Woudenberg.

Les procureurs de la CPI ont dit avoir recherché minutieusement la recevabilité de l'affaire et sont sûrs qu'aucune procédure nationale n'a été faite sur les accusations spécifiques [...] portées contre lui.

Depuis 2004, l'Union européenne s'est engagée à financer le système judiciaire de la RDC afin de soutenir l'état de droit en Ituri mais la justice est entravée par l'obtruction des autorités, des problèmes de sécurité et un manque de protection pour les témoins.

Bien que l'UE ait commencé à financer le Tribunal de Bunia en janvier 2004, le gouvernement congolais n'a pas permis à ses procureurs de poursuivre les crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis en Ituri - une source de frustration pour HRW.

L'organisation a expliqué que les chefs de milices en Ituri ont été poursuivis pour des délits mineurs et souvent acquittés ou ont reçu des condamnations qui font la population locale douter du sérieux des
 nouvelles autorités judiciaires de Bunia. [...]
 
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