MESEP

MESSAGERS POUR L’EDUCATION ET LA SENSIBILISATION A LA PAIX

(Organisation d’éducation civique et de paix)

219, AV P E Lumumba  Tél : +243 997780467, +243 813176018  E mail : mesep02@yahoo.fr

 

 

  

MENACES DE RE –ENROLEMENT  DES EX COMBATTANTS  ET  (RE) FORMATION DE LA MILICE  MUDUNDU 40 EN TERRITOIRE DE WALUNGU

A QUI CELA PROFITE –T-Il ?

 

Les populations de plusieurs groupements du territoire de Walungu sont inquiètes. En effet depuis le mois de février de cette année, des  personnes identifiées comme animateurs de l’ex  milice Mudundu 40 mènent une campagne de « sensibilisation » auprès de la population et surtout des  ex combattants ayant œuvré au sein de cette milice et dans d’autres, les appelant à pouvoir réintégrer le groupe  qui est entrain de se reconstituer. Plusieurs ex combattants consultés confirment avoir  reçu des promesses très irréalistes d’obtenir le paiement de 5 ans d’arriérés de leurs salaires s’ils réintégraient le groupe. D’autres ont étés enregistrés et  attendent des pieds fermes le dernier signal pour qu’ils regagnent le rang. Des numéros des téléphones de personnes de contact se distribuent à tout bout de chemin. Pour pousser les autres jeunes à mordre à l’idée, ces sensibilisateurs promettent même que les parents des soldats tombés sur le champ de bataille seront payés. Ces messages sont interprétés différemment, suivant la sensibilité du destinataire. L’inquiétude est que la plus part de ces ex combattants qui sont entrain d’être consultés sont des ex enfants soldats qui ne sont pas satisfaits par leur réinsertion et qui pensent que l’occasion de se faire payer est arrivé.

 

Mais pour qui et pourquoi chercherait-on à réveiller cette milice que d’aucun savait déjà inexistante ?

 

Pour rappel, le Mudundu 40 est une milice  qui a œuvré en territoire de Walungu et environs entre 1999 et 2003. Toute la durée de son existence,  ce mouvement qui s’apparentait à un banditisme organisé a brillé par un manque de positionnement stratégique .On l’a vu  combattre l’APR et son allié le RCD (1999-2000), on l’a vu combattre les mai mai  qu’il considérait  comme interahamwe (2001-2002) ; on l’a vu  faire semblant de  contourner le RCD pour  se rallier directement au Rwanda et donc combattre le gouvernement de Kinshasa. Bukavu se rappelle encore la très périlleuse aventure des Mudundu 40 d’avril 2003 lorsqu’ils ont tenté en vain de prendre le contrôle de la ville. Les populations de Kabare  et surtout de Walungu n’ont pas encore oublié ce que la répression aveugle de cette aventure  par le RCD leur a coûté : 12 personnes innocentes massacrées dans le petit village de Mwegerera en une seule journée,  pillages systématique de la quasi-totalité des maisons, des viols des femmes et filles sans nombre etc. Les séquelles de cette barbarie sont encore visibles. Après la tentative de leur regroupement en 2004 par le général Nyabyiolwa, alors commandant de la 10 ème région militaire, qui en a fait la 21ème brigade, on  a vu encore des éléments de ce groupe s’associés aux insurgés Mutebusi et Nkunda dans leur aventure -helas macabre- à Bukavu en mai –juin  2004. Aujourd’hui,  que cherchent ils encore et pour qui roulent ceux qui veulent le soutenir ?

 

 

Pendant leur  règne, les Mudundu 40 se sont rendus coupables de plusieurs violations de droits humains pour lesquelles la population attend d’ailleurs que les responsables de cette milice répondent le moment venu. Parmi les abus à leur actif on peut noter de manière non exhaustive :

-          Le recrutement et l’utilisation des enfants comme soldats. Le groupe Mudundu 40 était constitué à 80 % des petits enfants, pour la plus part arrachés des écoles ou des familles par la force, la ruse et le mensonge de toute forme. Plusieurs de ceux-ci sont  aujourd’hui démobilisés et sont devenus des jeunes oisifs après avoir perdu leurs enfances au service des adultes sans lois ni morale. D’autres, craignant de rentrer dans leurs villages à cause des abus  qu’ils y ont commis  se sont réfugiés dans la criminalité. Trois d’entre eux sont déjà  tués à Bukavu par la « justice populaire ». La population de Walungu connaît leurs identités complètes. Elle se tait mais  n’a pas oublié.

-          Des assassinats et exécutions extrajudiciaires. La vie humaine est sacrée.  Ce principe ne signifiait rien pour le Mudundu 40 puisqu’ au moment de son règne, Mudundu 40 se permettait de mettre fin à la vie des personnes  sans se faire des soucis. Les familles Cikuju,  Oscar Mushembe, Bayabaya, Charbon et plusieurs autres  en savent quelque chose. Avant de fuir l’avancée des forces  du RCD, Odilon, le chef charismatique de Mudundu 40 aurait fait exécuter sommairement tous ses militaires qui étaient en détention pour la simple raison qu’ils étaient opposé à la manière autocratique avec laquelle leur groupe était géré. (Les victimes sont connus sous l’appellation de groupe de John, du nom de leur leader,lui-même assassiné).

 

-          Des tracasseries  de toute forme : Personne n’a encore oublié que lorsque les Mudundu 40 contrôlait Walungu et ses environs, ces entités étaient coupées de toutes activité humanitaire puisque il y avait des barrières  presque partout et une interdiction à peine voilée aux organisations humanitaires de travailler dans cette zone. (La MONUC, et l’Ong  Institut Vie et Paix  en savent quelque chose). Ceux qui analysent la  dynamique des conflits  au Bushi sont aujourd’hui à mesure d’établir presque avec précision l’implication des Mudundu 40 dans le phénomène de « coupeurs de route » de Cidaho qui a endeuillé plusieurs familles et rendu d’autres très misérables. Leur position avancée se trouvait à Mushweshwe à moins de 1km de Cidaho .

 

-          Des arrestations arbitraires, tortures et autres traitements dégradants. Ce n’est pas  à cause d’une mémoire courte  que la population pourrait rapidement oublié que sous Mudundu 40, il n’ y avait plus aucune  autre juridiction qui pouvait traiter des différends ou conflits du reste normaux qui pouvaient surgir entre individus. Personne n’a oublié que pour ce groupe, accusé et accusateur étaient soumis à des traitements qui frisent la barbarie même pour des affaires civiles. A t on oublié le phénomène  <Handak>, ces trous ou des personnes étaient entassés comme des sardines même pour des faits bénignes.

Sous d’autres  cieux, notamment en Ituri, pour les mêmes faits et dans des circonstances  à peu près similaires, les Thomas Lubanga, Germain Katanga et Mathieu Ngujolu croupissent déjà à La Haye. Le pays est entrain de changer et l’histoire est têtue.

 

 

Aujourd’hui ceux qui connaissent bien le contexte particulier de Walungu, savent qu’il existe un lien entre le tristement célèbre phénomène Rasta et la défunte Mudundu 40.  Tout le monde sait qu’une milice ou un groupe armé vit toujours sur le dos de la population.

Alors, a qui profiterait la tentative de résurrection de ce mouvement ? Et pour qui roulent ceux qui soutiennent cette mésaventure ?

 

Pour distraire la population, certains  animateurs de cette sensibilisation ont  semble t il allégués qu’il s’agissait d’une recommandation de la conférence de Goma.

 

Comment peux t- on si mal interpréter les recommandations de la conférence de Goma ?

Puisque une des attentes  de cette conférence était plutôt de voir le Sud Kivu et le Nord Kivu  être déclarés « espaces avec zéro groupe armé ». Le groupe Mudundu 40 a signé l’acte d’engagement de Goma, Mais cela ne pourrait aucunement constituer une raison pour tenter de se reconstituer militairement et surtout de toucher des personnes civiles, ex combattants soient elles.

Ceci est même paradoxalement étonnant, puisque Walungu  où l’on veut faire renaître  inutilement un groupe armé se trouve bien dans le Bushi. Et pour mémoire,  dans la déclaration  de shi  à la plénière de la conférence qualifié par plusieurs observateurs comme la plus modérée, on a entendu et on peut encore lire : « le peuple shi demande à tous ses filles et fils qui sont encore dans les groupes armés de les quitter ». Ceux qui étaient à la conférence se rappelleront que la lectrice de la déclaration a répété cette phrase deux fois pour souligner toute son importance.  Alors quelle mouche pique t elle encore les nostalgiques de Mudundu 40 ? Désordre ou positionnement politico militaire ? Peux t on exiger à la fois une chose et son contraire ? La sagesse nous apprend que « ceux là que les dieux veulent perdre, ils les rendent d’abord fous ».

 

 

MESEP et la population de Walungu s’inscrivent en faux  pour toute tentative  de recréation d’une quelconque  milice, Mudundu 40 soit elle et demandent aux autorités tant civiles que militaires de barrer la voie à cette manœuvrer avant qu’il ne soit trop tard. Et au cas où elles ne seraient pas encore informées, ceci  devrait attirer leur particulière attention.

 

 MESEP demande   à la population de Walungu  et de Kabare  et surtout aux ex combattants de ces deux territoires  d’être vigilants et de ne plus se faire tromper par des loups qui portent les peaux d’agneaux, peux importe les mobiles qu’ils avanceraient.

Le risque que  les recruteurs de tout bord exploitent l’actuelle situation de vulnérabilité des ex combattants est trop grand.

 

MESEP rappelle de ce fait qu’un ex combattant démobilisé est un civil à part entière et que toute tentative de son ré enrôlement dans une milice est une violation de la constitution de notre république. Et qu’en outre le recrutement et l’utilisation  des mineurs dans les forces et groupes armés constitue un crime contre l’humanité.

                                  

 

                                                                                     

                                                                                  Bukavu   4 avril 2008

 

                                                                                        M E S E P

 

 

Imprimer