CPI: la
procédure contre Lubanga est suspendue mais
"pas terminée" (greffe)
AFP
17 juin. 08
KINSHASA, 17
juin 2008 -
La suspension de la procédure de la Cour
pénale internationale contre le milicien
congolais Thomas Lubanga, accusé
d'enrôlement forcé d'enfants soldats, "ne
signifie pas la fin de l'affaire", a assuré
mardi à Kinshasa la greffière de la CPI,
Silvana Arbia.
"La procédure n'est pas terminée. Elle a été
suspendue pour des raisons techniques, des
raisons valables", a déclaré Mme Arbia.
Le procès de Thomas Lubanga, qui devait
débuter le 23 juin, a été reporté sine die
le 11 juin. Deux jours plus tard, les juges
de la CPI ont ordonné la suspension de
l'affaire, estimant notamment qu'un "nombre
considérable d'éléments de preuves à
décharge" n'avaient pas été communiqués à
l'accusé.
"Et il faut considérer cette décision des
juges comme positive car elle montre que le
droit de la défense est primordial" pour la
CPI, a affirmé la greffière, qui occupe
l'une des trois principales fonctions de la
Cour avec le président et le procureur.
Quelque 200 documents communiqués notamment
par les Nations unies, dont certains
pourraient contenir des éléments de nature à
disculper l'accusé, ont été obtenus par le
procureur sous le sceau de la
confidentialité.
Le procureur peut négocier de tels accords
avec des sources, mais le statut de la CPI
ne prévoit rien de tel pour la défense ou
les juges, qui n'y ont donc pas eu accès.
La CPI s'est retrouvée au moins
momentanément bloquée, contrainte de
respecter les droits de la défense et ses
obligations de respect de la confidentialité
des sources.
Il existe une "possibilité de divulguer une
partie des documents", mais "il reste 33
documents qu'il (le procureur) ne peut
communiquer", a indiqué Mme Arbia.
Interrogée sur les moyens de débloquer la
situation, la greffière a indiqué qu'une des
solutions pourrait être que "l'organisation
concernée" (qui a fourni les pièces) accepte
"carrément la levée de la confidentialité"
ou "accepte de divulguer sous condition ces
documents".
Par exemple, s'il s'agit de documents
contenant l'identité de témoins ou de
victimes, il faudrait que la défense
"promette de ne pas divulguer" ces
identités, a précisé Mme Arbia.
"Le problème peut être résolu. On espère
qu'une solution (va) être trouvée", a-t-elle
ajouté.
Dans l'attente d'une éventuelle évolution de
la situation, les avocats de Thomas Lubanga
ont demandé la remise en liberté de leur
client. Elle doit être examinée le 24 juin.
Thomas Lubanga, 47 ans, est le premier
accusé de la CPI à répondre de crimes de
guerre pour son rôle dans la guerre civile
ayant ravagé l'Ituri, un district du
nord-est de la République démocratique du
Congo (RDC).
En tant que chef de l'Union des patriotes
congolais (UPC), il a supervisé et organisé,
selon l'accusation, l'enrôlement forcé
d'enfants au sein des Forces patriotiques
pour la libération du Congo (FPLC), l'aile
militaire de l'UPC, entre septembre 2002 et
août 2003.
Dans le cas où il serait mis fin à une
procédure, Mme Arbia a précisé que la CPI
veillerait, à travers un "Fonds
d'indemnisation des victimes", à "voir
comment indemniser, apporter réparation aux
victimes".
C'est dans cette optique que la cour cherche
à geler les biens d'un suspect au moment de
son arrestation, a-t-elle ajouté.