KINSHASA, 19 juin 2008 - Deux jeunes garçons ont été abattus le 3 juin par des éléments fidèles au chef rebelle tutsi congolais Laurent Nkunda alors qu'ils tentaient d'échapper à un enrôlement forcé dans un village du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a dénoncé jeudi l'ONU. "Deux garçons, âgés de 14 et 16 ans, ont été tués par balle par des éléments du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple de Nkunda)", a déclaré le porte-parole militaire de la Mission de l'ONU en RDC (Monuc), Jean-Paul Dietrich, au cours d'un point presse à Kinshasa. Ces mineurs "essayaient d'échapper au recrutement" organisé par le CNDP "dans le village de Rubaya", à une cinquantaine de km à l'ouest de la capitale provinciale Goma, a-t-il indiqué. La Monuc a rappelé que la conscription d'enfants de moins de 15 ans et leur utilisation et leur utilisation dans des conflits étaient considérés comme des crimes de guerre et contre l'Humanité par la justice internationale. L'enrôlement d'enfants-soldats constitue en outre une violation des actes d'engagement signés en janvier à Goma par tous les groupes armés congolais des Nord et Sud-Kivu (dont le CNDP). Ces accords de Goma - qui peinent à être mis en oeuvre dans le cadre du programme Amani ("paix", en swahili) - prévoyaient notamment le retrait progressif de tous les belligérants des lignes de front, la démobilisation de leurs troupes et l'arrêt de tout recrutement et la libération immédiate des enfants se trouvant dans leurs rangs. La plupart des groupes armés nient détenir des enfants dans leurs rangs, mais selon le Programme national de désarmement, démobilisation et réinsertion (PNDDR), il y aurait encore entre 3.000 et 6.000 enfants-soldats en RDC - qui en comptait plus de 30.000 à la fin de la dernière guerre (1998-2003). Dans les Kivu, "les recrutements continuent" au sein des différentes milices et se seraient même accélérés ces dernières semaines, selon un responsable de la Monuc, qui affirme que la plupart des enrôlements sont le fait du CNDP. L'actuel chef d'état-major du CNDP, Bosco Ntaganda, surnommé "Terminator", est visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour enrôlement d'enfants dans une milice d'Ituri (nord-est) en 2002 et 2003. Interrogé en mai par l'AFP sur la présence d'enfants au sein du CNDP, Laurent Nkunda avait déclaré: "Au sein de mon mouvement, il n'y a plus d'enfants-soldats. Nous les avons tous remis à la Monuc et à (l'ONG catholique) Caritas". Il s'était par ailleurs refusé à livrer Bosco Ntaganda à la CPI, exigeant de cette dernière des "preuves des actes du général Bosco". Il avait mis en doute la "neutralité" de la CPI, dont l'activité pouvait, selon lui, être de nature à "bloquer le processus de paix" en cours au Nord-Kivu.